La maladie mentale et la toxicomanie
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Troubles concomitants
Les personnes atteintes de maladie mentale sont vulnérables au développement de problèmes de toxicomanie. La recherche démontre que 30 % des personnes atteintes de maladie mentale auront un problème de consommation d’alcool/de drogue au cours de leur vie et 37 % des personnes qui ont des problèmes de consommation d’alcool (53 % de celles qui ont des problèmes de consommation de drogue) auront une maladie mentale.[1] Les chercheurs définissent ce groupe comme étant «les personnes qui subissent une combinaison de problèmes mentaux/affectifs/psychiatriques et de consommation excessive d’alcool ou d’autres substances psychoactives.»[2]
Confusion entourant le nom officiel de ce diagnostic
Bien que les personnes qui sont aux prises avec la maladie mentale et la toxicomanie ne se préoccupent pas vraiment du nom utilisé par les professionnels de la santé pour désigner ces problèmes lorsqu’ils se manifestent ensemble, il est utile de s’arrêter un moment pour discuter de la confusion qui existe au sujet du nom officiel de ce diagnostic. Dans certaines régions du Canada, on le désigne par troubles concomitants. Dans d’autres – de même que dans des cercles internationaux – on l’appelle double diagnostic. Pour ne pas ajouter à la confusion, ce document s’en tiendra au terme le plus fréquemment utilisé, soit troubles concomitants.
Les différences qui existent entre la consommation d’alcool / de drogue et la toxicomanie
Consommation d’alcool/de drogue : Fait référence à la consommation de substances psychotropes (qui altèrent l’humeur) telles que les médicaments et l’alcool. Plusieurs Canadiens consomment ces substances et ces produits sans effet néfaste.
Alcoolisme/Toxicomanie : Suppose une consommation excessive de ces substances, ce qui interfère avec la vie familiale et sociale, et le travail.
Dépendance : Suppose une perte de contrôle et une consommation continue en dépit de graves conséquences (accusations de conduite en état d’ébriété, perte d’emploi et de contacts interpersonnels, blessure, santé qui se détériore ou démêlés avec la justice). La dépendance implique la dépendance physiologique (état de manque accompagné du syndrome de sevrage si le manque n’est pas comblé) ou la dépendance psychologique (la consommation est nécessaire afin de gérer les humeurs ou on la croit nécessaire au fonctionnement quotidien).[3]
Toxicomanie : Se définit selon les mêmes termes que la dépendance.[4]
Dépendance envers des substances légales
Alcool
Tandis que la presse se préoccupe de la prévalence des drogues illicites, ce sont les substances légalement offertes, en particulier l’alcool, qui ont les plus grandes répercussions sur la vie et la santé des Canadiens, principalement à cause de leur offre étendue et de leur consommation répandue.
- 13,6 % des Canadiens sont des consommateurs d’alcool à haut risque. [5]
- 8 % de toutes les hospitalisations et 10 % du nombre total de jours passés à l’hôpital chaque année sont le résultat de la consommation d’alcool/de drogue. [6]
- Au Canada, la consommation d’alcool/de drogue est responsable d’une perte de productivité évaluée à 11,8 milliards $ ou 1,7 % du produit national brut (PNB).[7]
- La principale cause évitable de malformations congénitales en Amérique du Nord est la consommation d’alcool pendant la grossesse. Chaque année au Canada, 365 bébés – un par jour – naissent avec un trouble du spectre de l’alcoolisation foetale.[8]
La consommation excessive d’alcool mène souvent à la dépression.[9]
Médicaments sous ordonnance
En plus de l’alcool, les médicaments sous ordonnance sont également des sources de substances légales pouvant poser un risque de dépendance. Les Canadiens sont parmi les plus grands consommateurs de médicaments psychotropes par habitant au monde. Ils arrivent au deuxième rang des consommateurs de sédatifs et de nooleptiques, et au quatrième rang pour les narcotiques sous ordonnance. [10]
Tabac
Les personnes atteintes de maladie mentale possèdent un taux extraordinairement élevé de tabagisme. On estime que 80 % des personnes atteintes de schizophrénie fument.[11] Aux États-Unis, les chercheurs estiment que 44,3 % de toutes les cigarettes produites sont fumées par des personnes atteintes de maladie mentale. [12]
Il n’est pas rare que les personnes atteintes de maladie mentale aient des «dépendances multiples». Ils consomment de l’alcool, des cigarettes et des médicaments d’ordonnance – tous interagissent les uns avec les autres.
Autres dépendances
Jeu compulsif : Au Canada, la prévalence du jeu compulsif a augmenté de façon importante au cours des 25 dernières années. On estime que 5 % des Canadiens s’adonnant au jeu en viennent au jeu compulsif. Tous les paliers de gouvernement du Canada obtiennent un revenu important des jeux et paris. En 2004, les recettes des gouvernements se sont élevées à 6,2 milliards $ — plus que le profit net des gouvernements pour la vente de tabac et d’alcool combinés (5,9 milliards $).[13]
Dépendance à Internet: La grande disponibilité d’Internet a donné lieu à un usage excessif ce qui, dans les cas extrêmes, entre dans la catégorie de la dépendance. Les chercheurs estiment que 86 % des personnes dépendantes d’Internet souffrent également d’une forme de maladie mentale.[14]
Les femmes
Les expériences des femmes relativement à la maladie mentale et à la toxicomanie sont différentes de celles des hommes. Une des raisons principales est que les femmes ont certaines vulnérabilités qui les rendent plus susceptibles de se retrouver avec une maladie mentale au cours de leur vie – et, étant donné que la dépendance accompagne souvent la maladie mentale, la consommation d’alcool/de drogue aussi. Les raisons à la base de la vulnérabilité des femmes sont :
- Une moins grande sécurité financière
- De plus nombreuses expériences de violence interpersonnelle
- Une plus grande fréquence d’agressions sexuelles chez les enfants
- Des vulnérabilités reproductives liées à la naissance et à la ménopause
- De manière générale, les femmes sont de grandes consommatrices de médicaments, en particulier de médicaments psychotropes, dont certains peuvent entraîner la dépendance, et
- le corps des femmes est plus sensible aux effets néfastes de la dépendance. [15]
Les peuples autochtones
Les Autochtones tiennent la colonisation responsable de leurs problèmes de santé mentale et de toxicomanie, alors qu’elle a pris d’assaut leur culture et établi un climat de désespoir insidieux.[16]
Des transferts en série de collectivités entières et le retrait des enfants autochtones pour les placer dans des pensionnats a eu pour effet de briser les liens unissant les familles et les collectivités, ce qui a produit toute une génération de personnes traumatisées, de même que la perpétuation de problèmes de santé mentale et de consommation d’alcool/de drogue par le biais de répercussions intergénérationnelles. [17] Les résultats ont été :
- des pertes multigénérationnelles
- un état d’affliction profond
- une identité culturelle affaiblie
- une capacité réduite d’apprentissage et d’enseignement
- des stratégies d’aide occidentalisées ayant pour cible les personnes et les problèmes au lieu des collectivités et des forces
- la pauvreté et la dépendance envers l’aide sociale.
Les problèmes de santé mentale tels que le suicide, la dépression, la violence conjugale, la consommation d’alcool/de drogue, la violence envers les aînés, les agressions sexuelles et physiques perpétrées sur les enfants, la négligence des enfants sont beaucoup plus importants dans les collectivités autochtones. Par exemple, le taux de suicide y est de trois à quatre fois plus élevé que la moyenne canadienne.[18]
Les dirigeants autochtones demandent qu’un modèle de «sécurité culturelle» soit appliqué aux pratiques exemplaires déjà établies dans le cadre des soins de santé mentale et de toxicomanie. La sécurité culturelle va à l’encontre des tendances du domaine des soins de santé qui créent un risque culturel (ou un «danger») – des situations qui surviennent lorsque des personnes appartenant à un groupe ethnoculturel croient qu’elles sont «abaissées, diminuées ou dépourvues de pouvoir par les actions et les systèmes de prestation issus de personnes appartenant à une autre culture.» [19] La sécurité culturelle nous rappelle l’importance pour tous les fournisseurs de soins de santé de réfléchir aux façons par lesquelles les politiques, la recherche et les pratiques pourraient, sans le vouloir, exclure ou dévaluer certaines personnes. Cela implique également la reconnaissance de la situation sociale, économique et politique des Autochtones au Canada, et des répercussions sur leur santé.
Traitement pour les troubles concomitants
Les personnes qui sont aux prises avec à la fois la maladie mentale et des problèmes de toxicomanie se plaignent du fait que les services de santé mentale et les services de toxicomanie se renvoient souvent la balle alors qu’aucun de ces services n’est prêt à s’attaquer aux deux problèmes en même temps. La documentation actuelle concernant les pratiques exemplaires recommande que les programmes de santé mentale et de toxicomanie effectuent le dépistage de la maladie mentale et de la toxicomanie auprès des usagers et, lorsque les deux sont décelées, fassent une évaluation complète des patients afin d’en assurer le diagnostic et le traitement adéquat. On demande également à ce que le traitement soit intégré ce qui signifie que les deux problèmes sont traités en même temps,[20] par la même équipe, en ayant recours à des techniques et des philosophies compatibles.[21]
L’autre double diagnostic
Le terme double diagnostic s’applique également aux personnes ayant des déficiences développementales ou intellectuelles – et des besoins en santé mentale.
On estime que de 2 à 3 % des Canadiens ont une déficience développementale. Cela équivaut à environ 1 million de personnes. On évalue de façon modérée à 38 % le pourcentage des personnes ayant une déficience développementale de même qu’un problème de santé mentale. [22]
[1] Skinner, W. O’Grady, C. Bartha, C. & Parker, C. (2004). Les troubles concomitants de toxicomanie et de santé mentale : guide d’information. Toronto ON: Le Centre de toxicomanie et de santé mentale.
[2] Rush, B. Team Lead (2002). Meilleures pratiques – Troubles concomitants de santé mentale et d’alcoolisme et de toxicomanie. Préparé par le Centre de toxicomanie et de santé mentale pour la Stratégie canadienne antidrogue, pg. v. Pour consultation : http://www.cds-sca.com/.
[3] Santé mentale, maladie mentale et toxicomanie (Rapport # 1) (2004). Rapport provisoire du Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie. Pour consultation : http://www.parl.gc.ca/38/1/parlbus/commbus/senate/Com-f/SOCI-F/rep-f/repintnov04-f.htm
[4] American Psychiatric Association, (2004). Practice guidelines for the treatment of patients with substance abuse disorders: Alcohol, cocaine, opioids. http://www.psych.org/.
[5] Une enquête nationale sur la consommation d’alcool et d’autres drogues par les Canadiens : La prévalence de l’usage et les méfaits (juin 2005). Pour consultation : http://www.ccsa.ca/.
[6] Single, E. Robson, L. Xiaodi, X. & Rehm, J. (1996). Les coûts de l’abus de substances au Canada. Pour consultation : http://www.ccsa.ca/.
[7] Profil canadien 1999. Centre canadien de lutte contre l’alcoolisme et les toxicomanies. Pour consultation : http://www.ccsa.ca/
[8] Source: Recherche documentaire du CCLAT: Stratégies relatives à l’évaluation des programmes de lutte contre l’abus des substances chez les Autochtones: Examen de la question. (2004) Pour consultation : http://www.ccsa.ca/.
[9] Une enquête nationale sur la consommation d’alcool et d’autres drogues par les Canadiens : La prévalence de l’usage et les méfaits (juin 2005). Pour consultation : http://www.ccsa.ca/
[10] Rehm, J. & Weeks, J. (2005). Abus de médicaments d’ordonnance. Dans Toxicomanie au Canada : Enjeux et options actuels. Ottawa, ON: Centre canadien de lutte contre l’alcoolisme et les toxicomanies. Pour consultation : http://www.ccsa.ca/.
[11] Rethink – a website for people with mental illness and their families. Pour consultation (en anglais) cliques ici.
[12] Lasser, K. Wesley Boyd, J. Woodhandler, D. Himmelstein, D. McCormick, D. & Bor, D. (2000). Smoking and mental illness. Journal of the American Medical Association. Vol 284, p. 2606 – 2610. Pour consultation (en anglais) : http://jama.ama-assn.org/cgi/content/full/284/20/2606
[13] Skinner, W. (septembre 2005) Mémoire présenté au Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie.
[14] Block, J. (mars 2008). Editorial. Issues for the DSM-V: Internet addiction. American Journal of Psychiatry. Vol 165, p. 306 – 307.
[15] Women, mental health and mental illness and addiction in Canada: An overview (2006). Pour consultation (en anglais) cliques ici.
[16] Brant, C. 1993. Suicide in Canadian Aboriginal peoples: causes and prevention. In the Royal Commission on Aboriginal peoples: The path to healing: Report on the national round table on Aboriginal health and social issues. Ottawa, ON: Ministry of Supply and Services.
[17] Mussell, B. Cardiff, K. White, J. (2004). The mental health and well being of Aboriginal children and youth: Guidance for new approaches and services. http://www.mheccu.ubc.ca/
[18] Brant, C. (1993). Le suicide chez les peuples autochtones canadiens : causes et prévention. Dans la Commission royale sur les peuples autochtones : Sur le chemin de la guérison : rapport de la Table ronde nationale sur la santé et les questions sociales. Ottawa, ON: ministère des Approvisionnements et Services.
[19] Wood, P. & Schwass, M. (1993). Cultural safety: A framework for changing attitudes. Nursing Praxis in New Zealand, 8(1), p. 4 – 15 (p. 2).
[20] La seule exception est que le guide des meilleures pratiques (Rush, 2002) demande à ce que l’alcoolisme et la toxicomanie soient traités en premier lieu chez les personnes atteintes de troubles de l’humeur et d’anxiété – bien que le traitement intégré soit recommandé pour le syndrome de stress post-traumatique.
[21] Rush, B. Team Lead (2002). Meilleures pratiques : Troubles concomitants de santé mentale et d’alcoolisme et de toxicomanie. Préparé par le Centre de toxicomanie et de santé mentale pour la Stratégie canadienne antidrogue. Pour consultation : http://www.cds-sca.com/.
[22] Griffiths, D. Taillon-Wasmund, P. & Smith, D. (2002). Offenders who have a developmental disability. In Dual diagnosis: An introduction to the mental health needs of persons with developmental disabilities. Editors: D. Griffiths, C. Stavrakaki, and J. Summers. Sudbury, ON: Habilitative Mental Health Resource Network. Pour consultation en ligne (en anglais) : http://www.naddontario.org/pdf/EnglishPublication/Chapter12.pdf
* Contenu élaboré par Barbara Everett, Ph. D.


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